Faculté d'Education de l'académie de Montpellier - Université de Montpellier (UM) Faculté d'Education de l'académie de Montpellier - Université de Montpellier (UM) Université de Montpellier (UM)
 

La Faculté d'Éducation a rendu hommage ce matin à Samuel Paty à travers le rappel des valeurs de la Laïcité et de la République, un moment de recueillement et la lecture par le Directeur Jean-Paul Udave d'un poème de Abdellatif Laâbi

J’ATTESTE

J’atteste qu’il n’y a d’être humain
que celui dont le cœur tremble d’amour
pour tous ses frères en humanité

Celui qui désire ardemment
plus pour eux que pour lui-même
liberté, paix, dignité

Celui qui considère que la vie
est encore plus sacrée
que ses croyances et ses divinités
J’atteste qu’il n’y a d’être humain
que Celui qui combat sans relâche
la Haine en lui et autour de lui

Celui qui, dès qu’il ouvre les yeux le matin,
se pose la question :
que vais-je faire aujourd’hui
pour ne pas perdre ma qualité et ma fierté
d’être homme ?

ABDELLATIF LAÂBI

«J'atteste, contre la barbarie»,
Ecrit après les attentats de 2015


Message du président de l'Université de Montpellier

Mesdames et Messieurs,
Chères et chers collègues,

Vendredi en fin d’après-midi, Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie était sauvagement assassiné à proximité du collège du Bois d’Aulnes où il enseignait.

Cet enseignant avait fait son métier, notre métier : participer à l’émancipation de la jeunesse et former des esprits critiques, ce qui est au cœur des missions du service public de l’éducation.

Cet enseignant avait fait son devoir, notre devoir : transmettre les principes - liberté, égalité, fraternité, laïcité - qui cimentent notre République.

Cet enseignant avait défendu ce que nous devons défendre : la liberté de conscience, la liberté de culte, la liberté d’expression.

C’est un coup atroce porté à notre communauté éducative et à la société dans son intégralité par des forces extrémistes qui ne savent véhiculer qu’ignorance, haine et violence. A la crainte qu’elles souhaitent susciter, nous devons opposer une résistance collective dans les murs universitaires et dans nos vies de citoyens en transmettant et réaffirmant farouchement nos valeurs républicaines. L'Université, encore et plus que jamais, doit apporter son expertise et s’engager au sein de notre société, multiculturelle et démocratique, pour affronter l’obscurantisme et saper les racines multiples qui génèrent idées liberticides et actes terroristes.

Mais l’heure est à la douleur et je souhaite que nous exprimions nos condoléances les plus sincères à la famille de la victime, à ses proches, à ses élèves et à ses collègues. L’heure est à la mobilisation et nous devons afficher unanimement notre détermination à ne pas céder à l'intimidation ou à la peur et rappeler ouvertement notre attachement aux idéaux républicains.

Philippe Augé
Président de l'Université


Écrit après la visite d'un bagne
Poète : Victor Hugo (1802-1885)

Recueil : Les Quatre vents de l'Esprit (1881).

Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne.
Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne
Ne sont jamais allés à l'école une fois,
Et ne savent pas lire, et signent d'une croix.
C'est dans cette ombre-là qu'ils ont trouvé le crime.
L'ignorance est la nuit qui commence l'abîme.
Où rampe la raison, l'honnêteté périt.

Dieu, le premier auteur de tout ce qu'on écrit,
A mis, sur cette terre où les hommes sont ivres,
Les ailes des esprits dans les pages des livres.
Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut
Planer là-haut où l'âme en liberté se meut.
L'école est sanctuaire autant que la chapelle.
L'alphabet que l'enfant avec son doigt épelle
Contient sous chaque lettre une vertu ; le cœur
S'éclaire doucement à cette humble lueur.
Donc au petit enfant donnez le petit livre.
Marchez, la lampe en main, pour qu'il puisse vous suivre.

La nuit produit l'erreur et l'erreur l'attentat.
Faute d'enseignement, on jette dans l'état
Des hommes animaux, têtes inachevées,
Tristes instincts qui vont les prunelles crevées,
Aveugles effrayants, au regard sépulcral,
Qui marchent à tâtons dans le monde moral.
Allumons les esprits, c'est notre loi première,
Et du suif le plus vil faisons une lumière.
L'intelligence veut être ouverte ici-bas ;
Le germe a droit d'éclore ; et qui ne pense pas
Ne vit pas. Ces voleurs avaient le droit de vivre.
Songeons-y bien, l'école en or change le cuivre,
Tandis que l'ignorance en plomb transforme l'or.


Je dis que ces voleurs possédaient un trésor,
Leur pensée immortelle, auguste et nécessaire ;
Je dis qu'ils ont le droit, du fond de leur misère,
De se tourner vers vous, à qui le jour sourit,
Et de vous demander compte de leur esprit ;
Je dis qu'ils étaient l'homme et qu'on en fit la brute ;
Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute ;
Je dis que ce sont eux qui sont les dépouillés ;
Je dis que les forfaits dont ils se sont souillés
Ont pour point de départ ce qui n'est pas leur faute ;
Pouvaient-ils s'éclairer du flambeau qu'on leur ôte ?
Ils sont les malheureux et non les ennemis.
Le premier crime fut sur eux-mêmes commis ;
On a de la pensée éteint en eux la flamme :

Et la société leur a volé leur âme.